Je me rattache à ce qu’engendra Abraham avec Sarah. Leur âge est celui de la patience d’aimer.
Ce qui est dur dans la gestion du silence, ce n'est pas ce vide, cette fiancée du désert - désert que nous sommes devenus - mais le 'tant" qui lui précéda.
Sur les pavés l’image, la peau sur les fortunes, moquette imbibée de champagne rosé vodka, enterrement ad vitam de la vie de garçon sur fond rock et crinolines de violons. C’est la vie, garçon, qu’on y enterre, non la vie de garçon.
L’imparfait est la matière brute du silence.
Un engagement, c’est ce truc qu’on fait soit à quinze ans par insouciance quand on rentre en résistance contre les nazis ? À 20 ans quand on est une femme de tradition qui se marie par erreur, sans avoir vécu d’adolescence ? À cinquante ans parce que chaque année compte double et que le temps est assassin ?
On passe du stade de « sprinter de charme » à « écrivain de fond » par amour et expérience…
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[…] les promeneurs « canins », ceux qui ont laissé leur femme au lit, de l’autre côté de leur double matelas, grands buveurs d’amertume jusqu’à la lie, frustrés, remplaçant les câlins par les canins, les canines par les babines, le désir sacré par son chariot de cadeaux sans faim, offrandes à la Vierge, ex-reine de la nuit[…]
Comment pouvait-on rester un quart d’heure devant deux tranches de pain de mie enveloppée de béchamel ? [Et moi, à fixer parfois une journée ou une nuit entière l’écran d’un portable, n’est-ce pas tout aussi absurde ?]
Nous nous aimons cachés, aimons nous cacher.
Nos grands-pères et pères étaient des "mensch", des hommes, une humanité républicaine sans souplesse, droite, une installation dans l'appartement familial plus proche du salon et des jardins que de la cuisine.
Nous dansons en permanence la valse des hésitations.
La rupture est une malbouffe, une malbaise à consommer vite fait, une erreur de sens, une improbabilité, une contre-vérité, une erreur chronologique, une absurdité historique de théorichiens
Les hommes sont de grands enfants, puis soudain deviennent vieux.
Les tabous brûlent au bas du lit et, nous les regarderons se consumer devant nos sourires ébahis ; plus nous avançons, face au vent plus ils tombent, tels nos vêtements, plus ils se plient à ce que nous avons choisis d'être, deux points de suspension, ensemble.
Les femmes se réfugient dans des rêveries qu'elles appellent leurs "théâtres privés" sans que nul ne soupçonne leurs absences.
Celui qui n'a jamais menti, trahi, aimé d’une façon ou d’une autre, volé, frappé, ne sait pas ce qu'est la foi, l'espérance, l'autre, ses yeux, son cristallin, prendre un visage à deux mains et défier la violence avec laquelle il naquit.
[…] pauvres rebelles que nous sommes, mangeurs d'occident et de croque-monsieur élastiques, nous ne bougeâmes pas de notre banc, partis à la chasse au serpent monétaire sans le savoir[…]
Sois le « différent », pas l’indifférent.
Oedipe est droit, et la libido, courbes animales. A toi de jouer mec. Oedipe est avec toi, Antigone avec les filles, balle au milieu, cages à l'ouest et lit-bataille.
L'amant a le parfum et la chaleur. Il ne sent pour autant le brûlé.
Il était le locataire de sa femme intérieure avec un bail reconductible au jour le jour, silence après silence.
Seul aimer rare aux hommes
Il ya une beauté réelle a puisé dans ses réserves tel le marathonien. Comme leur nom l’indique, elles sont réservées. A quoi, à qui ? Physiques ou mentales ? Disparition du décor, de l’environnement, des enfants, du peuple familier, urbain ou rural et des tourments. Au bout du trente-septième kilomètre quand les acides prennent le pas sur le corps, le saturent et l’asphyxient, seule la volonté offre les solutions essentielles de l’existence.
Avant, il y avait un âge d’or où le bonheur était l’étage qui venait au-dessus de la vie comme une quête, le désir en frontière supérieure des besoins. Aujourd’hui, il y a la survie et au-dessus la simple espérance du combat pour la vie. Simplement avoir la force de se battre ? Déjà, trouver la force.
La course, celle du « moi-seul qui s’approprie l’espace, le capte, s’en empreigne, filmée par un rythme cardio-vasculaire planifié » ne fait pas du marathonien un solitaire négationniste mais lui apporte la solitude bienveillante, hors du règne animal de la cité et de la forêt, hors les « gagne-terrains » des sports collectifs animés par des belligérants idolâtres. Cette solitude est le bienfait de la civilisation sensée, le patrimoine psychique du bonheur, qui commence à six heures du matin quand le soleil se lève, que les gestes aussi simples que d’enfiler des chaussures de sports les paupières à peine ouvertes, que de nouer ses lacets que de se contenter de deux verres d’eau deviennent des rituels de sagesse, cette sagesse qui lie le corps et l’esprit à tant de questions. Courir, parcourir le chemin des pourquoi et des réponses comme un chemin du possible, civilisant, affirmant que la facilité est incompatible avec le bonheur.
Courir n’est pas « se foutre de tout », c’est se relier à soi. Courir n’est pas fuir. Fuir, c’est ouvrir la porte aux névroses. Ici, rien n’y prédispose. On y trouve parfois, outre la récompense de l’effort, la propagation des hormones dites « du bonheur ».
La fuite est le paradis des névroses.
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Aharon se
relit, sent la bouche de Vanessa se poser sur la sienne, ce dimanche de crêpes au chocolat, hésite quelques instants sur l’utilisation du « je ». Mais après tout, ce poisson, unique
signe symbolique du zodiac, vient de mettre pied sur Terre, la tête haute dans la direction de sa bien aimée, plus proche du système solaire que de l’aventure astrologique. Il se doit visible,
lisible et sensible dans le regard de sa lectrice préférée. Il abandonne Janus et ses saturnales, sacrifiera au moment opportun les adoratrices du veau d’or internet, reverra sa copie du
sacrifice. Elle le vaut bien.
Ici, tous
forment le départ du cortège des indépendants. Ils et elles sont tous un peu célibataires, un tantinet en couples, boivent du vin blanc et de la bière à défaut de champagne, se réveillent le
midi, voguent dans Paris, appareil photo en bandoulière, compositeurs avec herbe, développent leur égo-promo sur des sites conviviaux et professionnels, prenant l’air du temps, l’air de la nuit
surtout. Ils pensent être « indés », mais à force de l’être tous, ils deviennent dépendants les uns des autres, avec leurs mots, reproduisant avec goût souvent, le quartier latin de Juliette
Gréco et Daniel Gélin, des années cinquante. Les inviteraient-ils à dîner s’il s’installait un jour avec son âme ?