Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /2009 21:57
Mercredi fin d’après-midi. Temps sec, froid et ensoleillé sur la terrasse de la boulangerie pâtisserie patio. Je résiste, plus que d’habitude, une tarte au citron devient indiscutable. Je me sens gonflé au Yang, à la force animale, mâle. Poète mais mâle. Est-ce le goût irréprochable de la mousse de citron parfaitement acidulé et crémeuse qui m’inspire la langue, la belle langue parlée et transcrite ? Je n’en sais rien.
C’est un fait. L’érotisme et la poésie en sont aussi un autre. Tout du moins c’est que je ressens dans une grande parenthèse intérieure, après avoir vu un défilé énervé de ces mères « chauffeurs de taxis » qui mènent les enfants à l’abattoir d’une culture activiste entre le conservatoire de musique, de danse, au cours de tennis et d’équitation. En fin de journée le cours de mathématiques servira d’introduction aux devoirs du soir. Ainsi en est-il de la future élite républicaine. Celle dont ma mère voulut que je fasse partie.
J’en reste à ma tarte non meringuée, mes quelques cafés, les jeunes filles en crinoline dans leur tête, sac gucci à la main à peine sortie de leur communion comme mamans, et ces dernières, dans leur char de guerre aux quatre roues motrices, rodeowomen des avenues, ruent dans le temps, en goinfrent leur progéniture jusqu’au vomissement.
Dans cette parade postnuptiale qui m’interpelle sur le temps qui passe, je ne m’empiffre pas, je jouis du citron onctueux, sucré, quasi mielleux puis mord dans la pâte légèrement salée comme le caramel normand, la bouche humectée d’un parfait café italien. Je suis entre l’indécence et la pudeur, ce juste mélange de poésie et d’érotisme. Mon corps, ma langue sont silences et me disent tant.

[mon corps oui mon corps je le tiens je te tiens je suis un cou des épaules une relation des osmoses un silence total je t’avais oublié trahi de poésie inconditionnel oui vraiment Frotter les mots frottés contre qui contre toi Oui je sais frotté mot à mot en contre bas en contre haut en haut de contre mais le haut de contre est un castrat mamamia si je frotte les mots je ne frotte rien d’autres les mots sont une foi non la foi est un corps les chrétiens le disent les ‘Hassidiques le savent le pratiquent le chantent les mots quand on les frotte sans rien avoir d’autre à frotter est ce le bonheur ou la douleur Jacques Epstein mon bon Jacques nous en parlerons sur ton divan mercredi prochain Regarde ces mômes leurs jogging dans le soleil froid d’automne ils sont difformes blonds blés bruns évêchés chaussures de sport passant plus de temps à se rendre d’un lieu à l’autre qu’ils ne passent de temps à chanter _ chanter-prier-chanter la voix haute- comme mon corps j’avais perdu ma voix mais depuis quand – en parler à Epstein il le faut pas de ma chambre intérieure ma chambre noire jans névrose je sépare je m’amâlyse je deviens un calme sans déchirure au-delà des prières plus prêt d’un chant d’un cours de chant du chant des mystiques de leurs souterrains de leur pur esprit leur bibliothèque dans laquelle j’ai bien senti qu’il fallait que je réapprenne à lire je savais souffler je savais les lettres je savais épeler mais le rythme-la hauteur-le ton-l’élévation- mes pieds mes jolis pieds-mon élévation mon érotisme ma chair mon temple ma chère ma tendre toute attachée toute– mes mitzvoth mes bonnes actions ma pureté- et la vodka la vodka qui délie et enivre les sages hassidiques t’invitant à faire danser la torah à t’inscrire au-delà du temps et dans la vie sans division de la raison et du réel oubliant qu’il y a le savoir faire de la tarte au citron et la manger – sentir son corps et ne faire qu’un un bonheur simple sans insignifiance au-dessus et parmi priant comme on chante heureux le matin élevé le soir sans courir dans la fleur du temps dans la maison des âmes grandes fortes unis vers celle jamais jalouse qui a pour nom un Livre un livre saint et j’aime D-ieu et tes seins peut être de la même façon uni unique une poésie dis moi que tu aimes la poésie mon âmour je suis ton éros regarde comme je mange la crème – frotter les mots oui mais sans guerre chanter les mots oui mais glorieux tapant du pied dans une danse d’hommes sous les « hoy » des bénis tête vers le ciel car il faut regarder le haut où regarder d’autre vers tes seins sûrement ton sexe aussi je serre ce livre comme je te serre je t’ai serrée je te serrerai dans ce corps solide uni enfin à lui-même heureux d’une vision d’une simple bénédiction mais elles furent des milliers habitées tourbillons inspirées jusque sur ma couche – une cigarette aussi tous à fumer à la fin du samedi saint rue des Rosiers nous sentons la vodka et la fumée la joie et la bonne taille des choses le temps et la mesure du monde illuminés vrais dans le sens chantant fort regardés des passants et sans honte – m’avez-vous gardé de puis cette adolescence où je fuis aujourd’hui les jours redoutables sont finis vous me pansez jacques Epstein aussi bien plus qu’un emploi du temps mais un peu un peu ce temps prévu depuis longtemps ce luxe du bonheur simple dans lequel je rentre à peine ce luxe de D-ieu comme de tes seins je suis un corps un corps d’homme de mensch de lecteur et d’écrivain en faim un corps de femme aussi je suis l’accueil  de cette délicieuse tarte aux accents de café de mélange de saveurs  ma terre mes racines mes pieds mon sexe et le goût les sens le sang l'esprit la passion celui d’un pubis celui d’un ventre parfumé de jasmin ou de patchouli un ventre difficile à naitre comme relire le texte texte du corps fort intentionné conditionnel à moi-même révélé mystique comme tous les parfums sinon pourquoi se parfumer s’envoler – prendre au-dessus ton corps debout contre un arbre un mur un couloir une porte des draps se frotter autrement que de mots accueillir l’étincelle qui se devine divine Alors surgis Paul qui m’emmène non pas au 17 là où ils ne sont pas assez pour terminer l’office pas assez de sages pas dix je les suis-je reviendrai au 17 de la rue des Rosiers plus tard et d’autres jours ainsi accompagné d’Yvan et des ses souterrains de son sourire d’enfants et de sa tête bien faite qui m’a donné la main dans le temps de la nuit où tout rayonnait comme les jours qui suivent les redoutables repentances je te dis je ne souffre pas je suis saisi comme te prendre en plein jour les rideaux ouverts changé de toutes les pluies et changer les objets aussi- quand on change on change les objets- chanter c’est prier j’écoute ta jouissance le chant du dessus c’est ça mon âmour mon âme le chant du dessus. je suis ponctué de moi-même de toi aussi de Toi également – accueilli est le mot le temps aussi le temps d’entre le chant du dessus]


«On ne peut pas vivre mal, c'est une contradiction.»
[ Eugène Ionesco ] - Le roi se meurt

Aaron Zolty
Par Aaron Zolty - Communauté : le texte voyageur
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