Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /2009 13:09
Les vacances de la Toussaint approchaient à grands pas. Vanessa irait sûrement à New York. Seule ? Il ne préfère pas s’attarder sur la question. Le quartier sera désert. Il aime ce théâtre sans personnage, simplement les décors où il peut vaquer à sa guise de la cour au jardin, courir dans les coulisses, penser à ses caractères en lieu et place. Yaël partira bientôt ; il doit à sa célébrissime sainte volonté de ne pas s’en référer aux livres sacrés et autres vins de messe, pas plus qu’à d’éventuelles bondieuseries ou fétiches. Vanessa lui avait offert la pureté, la leur. Sa colonne vertébrale et sa plume le tiendraient. Restaient sa mère, sa sœur, ses enfants ? Il mentirait. Elle irait à Deauville plus souvent qu’à l’accoutumée. Certes, ce n’était pas son habitude de mentir, mais au fond de lui la décision était prise. Il ne voulait qu’à aucun moment l’image de l’amour qu’ils avaient si parfaitement définie soit ternie par de quelconques propos bienfaisants sur le « trop bon mon fils » et réducteurs, voire injustes à l’encontre de Vanessa. Quant à son père, bienveillant dans son Eden, il apprendra à lui confier ses insomnies, ce que, de son vivant Aaron n’avait jamais fait. Sa sœur lit le journal en sirotant un café allongé. Aaron se lave les mains longuement, masse ses doigts avec de la crème hydratante et revient vers Ya.
Elle lève le nez, effrontée.
- Poissons du premier décan. . .
- Ah non ! Tu ne vas pas commencer ? On n’est plus au journal à inventer des prévisions astrologiques.
- Ecoute ! « La Lune est en harmonie avec votre Saturne natale : Aujourd'hui, vous éprouverez un profond besoin de stabilité et de vous sentir entourée de ceux que vous aimez. C'est ainsi que vous trouverez l'équilibre que vous recherchez. »
- Je n’ai pas de « Saturne natale », je suis ascendant « vierge ».
- Toi ? (dit-elle, riant au bord de l’étouffement.) La suite est tout aussi intéressante « Jupiter est en harmonie avec votre Saturne natale : Vous aurez le sens des réalités et la persévérance nécessaire pour mener à bien un projet amoureux qui vous tiendrait à cœur. Pensez à long terme! »
- Je garde. Je dois me mettre à la relecture de mon article. Va faire les magasins, on se retrouve dans l’après-midi.
Yaël se leva et se dirigea, le journal sous le bras vers la nouvelle chambre pour s’habiller. Elle déplia le journal, prit son carnet noir sur lequel elle avait griffonné l’horoscope « remonte moral » de son frère, le remit dans son sac haute couture, sourit, puis enfila sa robe noire. Ils déposèrent les matelas sur les lattes de la chambre, la couette et la multitude d’oreillers blancs aux taies marron glacés. Quand elle referma la porte elle jeta un air attendri sur Aaron respirant l’odeur de ses draps propres, rassurée par son sens de la survie héréditaire, sa foi dans l’étoile du berger, sachant qu’il s’engageait au nom d’une voix intérieure tantôt puissante, tantôt inconsciente. Mais, une fois la balance Roberval en sa possession, il aurait le talent pour faire pencher l’un des plateaux à bon escient. Il installa un petit escabeau en guise de tabouret devant son plateau d’écrivain et ouvrit le dossier « articles », cliqua sur « Anna O ». La page s’afficha et d’instinct écrivit le titre « AnnaO, etcetera …Beau jusqu’aux larmes indociles ». Depuis quelques semaines, il écoute en boucle son titre « Je t’aime ». Ce titre, cette déclaration, il doit la partager avec trop de monde. Il l’aimerait pour lui seul et dite par son autre. Anne Olivia l’a surnommé « Chou » par affection et hommage à Serge Gainsbourg. Comme par miracle ils se sont découverts sur un site communautaire dans un groupe de « fans » de Lacan, un matin où Aaron n’avait plus de nouvelles de Vanessa Weisman depuis cinq jours pour cause de « Tu m’aimerais assez pour me quitter ? Ca me permettrait de résoudre tous mes problèmes, ceux provoqués par mon Schmok d’ex mari. ». Il était au cinéma avec Eva quand il reçut ce message et se retint de ne pas laisser monter les larmes devant sa fille. Le sixième jour il mit sur le profil de son blog auquel elle était abonnée « Tu habites tous mes silences ». La réponse ne se fit pas attendre : sur sa page elle fit apparaître trois points de suspension, leur signe de « en attente proche de retour », puis un sms le soir même. « Ce que tu m’as écrit est magnifique, Tu es l’alchimiste. Mon ? ». Aaron avait répondu « Dis à ton fils que j’aime sa mère. », s’en était suivi un « Sa mère t’aime aussi. ».

Aaron Zolty

Par Aaron Zolty - Communauté : le texte voyageur
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
             
<< < > >>

Liens

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés